Pourquoi 1650 organismes «à boutte» font la grève
Plus de 1650 organismes communautaires du Québec sont en grève jusqu’au 2 avril. Le nom de leur mouvement: Le communautaire à boutte. C’est leur façon de dire au gouvernement: «On a besoin de meilleurs salaires pour vivre!». J’ai parlé avec des travailleurs du milieu communautaire pour leur demander pourquoi ils sont… «à boutte»!
«Être à boutte», qu’est-ce que ça veut dire?
Il s’agit d’une expression québécoise qui désigne le fait d’être épuisé. L’expression «Être au bout du rouleau» veut dire la même chose!
Un organisme communautaire, c’est quoi?
C’est une organisation qui offre des services et de l’aide à des groupes de sa communauté, comme les aînés, les familles et les personnes sans abri d’un quartier. Par exemple, une maison des jeunes, c’est un organisme communautaire.
De l’aide populaire
Au Québec, 1 personne sur 3 utilise des services communautaires. Ça représente environ trois millions de Québécois.
Et à quoi ça sert?
On entend souvent dire que ces organismes sont le filet social de la province. Ça veut dire qu’ils aident les plus vulnérables de la société.
«Ces personnes vivent les plus grandes détresses et ont besoin d'accompagnement, d'écoute. Ça prend des gens capables de les accueillir à bras ouverts. Ça, c’est nous! On ne les juge pas, on écoute leurs besoins, et on tente au mieux de les aider», explique Caroline Chartier, directrice adjointe du Centre Roland-Bertrand, qui soutient les personnes démunies à Shawinigan, en Mauricie.
Caroline Chartier est responsable de l’aide alimentaire au Centre Roland-Bertrand!
Pourquoi y a-t-il une grève?
J’ai posé la question à Caroline Chartier, qui est aussi l’une des porte-paroles du mouvement de 1650 organismes en grève. Voici sa réponse:
«On n'a pas un très bon salaire pour le gros travail qu'on fait tous les jours. Beaucoup d’employés ont du mal à payer leurs factures, leur épicerie. On aimerait que le gouvernement se rende compte de notre valeur et qu’il nous donne assez d’argent!»
Cette année, le gouvernement du Québec a donné 6000$ à son organisme, qui compte 65 employés. «Si je le distribue à 65 employés, ça ne leur donne pas beaucoup de sous de plus. Et ça ne paye pas le matériel qu’on utilise!», ajoute-t-elle.
Un salaire trop bas
Selon une étude de l’IRIS, une personne doit gagner au moins 28$ de l’heure pour vivre confortablement au Québec. Les employés des organismes communautaires gagnent moins: entre 18$ et 24$ l’heure. Et ce, même s’ils ont fait de longues études. Certains ne gagnent que le salaire minimum: 16,10$.
Avec des salaires aussi bas, les organismes ont de la difficulté à recruter des employés. Ils manquent donc de personnel pour bien donner leurs services.
Dix jours sur pause
Depuis lundi, plus de 1650 organismes participent à la grève. Elle durera jusqu’au 2 avril, et cette journée-là, une grande manifestation sera organisée à Québec, devant l’Assemblée nationale.
Pendant ce temps, certains services très importants sont réduits, ou complètement arrêtés. Par exemple, à la Maison La Virevolte à Longueuil, il n’y aura pas d’aide aux devoirs la semaine prochaine.
Tristan Lavoie-Kartner
Tristan Lavoie-Kartner, qui y travaille comme organisateur communautaire, m’a expliqué pourquoi. «On va être occupés à manifester et à faire différentes actions. On ne fait pas ça pour nuire aux jeunes! Au contraire, on est en grève pour mieux les aider dans les prochaines années.»
Tristan a d’ailleurs déjà sa place réservée dans l’autobus qui l’amènera à Québec! Pourquoi est-ce que c’est important pour lui? «Si on s’épuise en travaillant, on ne peut plus aider les communautés… même si on le veut vraiment. Après autant d’années à ne pas recevoir assez d’argent, on ne peut pas. Vouloir, ce n’est plus suffisant. On est "à boutte"».
Et toi, si tu devais créer un organisme communautaire, qui voudrais-tu aider?
